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Les prix des produits agricoles prennent de l’envol dans le territoire de Kabare dans la Province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, RDC, spécialement à Kabare Nord (Bushumba, Bugorhe et Irhambi Katana). Une mesure de haricot se négocie à 5000 FC congolais cette dernière semaine du mois de mars 2023, une mesure de maïs à 2300 FC et  celle de soja à 3000 FC. Cette situation inquiète les habitants de ces coins de la province du Sud-Kivu.

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Un sol riche, mais les habitants « meurent de faim »

La partie nord du Territoire de Kabare, une partie où est situé l’aéroport de Kavumu, est un coin fertile avec un sol volcanique. Elle bénéficie d’un climat doux de part sa situation géographique. Elle est située entre le parc National de Kahuzi Biega et le lac Kivu. Elle est aussi traversée par la route nationale numéro 2, une route qui relie la ville de Bukavu à celle de Goma. Malgré ces atouts, la production agricole est restée au bas de l’échelle conduisant ainsi à la faim.

De Katana à Mushweshwe, un parcours de combattant 

Pour comprendre la situation de hausse de prix des produits agricoles, notre équipe de rédaction s’est rendue à Mushweshwe, une zone très riche. Pour se rendre à Mushweshwe, nous avons emprunté la route Katana. De katana à Mushweshwe en passant par FOMULAC et Luhihi, la route est dans un état de délabrement. Les moyens pratiques ce sont  des jeeps 4 x4 où la moto. Par nos moyes de bord nos avons pris la moto, il faut trois personnes plus le motard (conducteur de moto), chacun doit déboursé 5000 FC (2,5 dollars) sur une distance d’environ 30 km.

Après plus de 55 minutes de voyage, nous sommes arrivés à Mushweswhe où nous rencontrons Badesire Mugabo Victor, Président du Conseil d’Administration de la Coopérative des Producteurs Rhuheke Kuguma,  COOPARU Mushweshwe.

Haricot, soja, maïs,…les prix ont presque doublé

Pour lui la hausse des prix des produits agricoles  est consécutive à une maigre production de la saison A.

« La production n’a pas été bonne. Les agriculteurs ont fait face à beaucoup de soleil. Pas de production de haricot, même chose pour le soja. Le prix a augmenté. Une mesure de haricot se négocie à 5000 mille contrairement à l’année passée où elle se négociait à  2500 FC », regrette Badesire Mugabo Victor, PCA de la COOPARU Mushweshwe, une coopérative située au centre Village Nyabulongwe à 60km au nord de la ville de Bukavu.

Comme le haricot, le prix du soja a aussi prix de l’ascenseur. L’année passée une mesure était vendue à 1500 FC aujourd’hui, il faut 2500FC pour la même mesure.

Face à cette situation qui n’épargne aucun produit champêtre, certaines personnes pensent que la hausse des prix est due à la mauvaise récolte, à la rareté de pluies mais aussi au manque d’encadrement des paysans qui se retrouvent piégés par le changement climatique.

« Il y a eu perturbations climatiques, les gens ont cultivés avant  la pluie. Ce qui a compliqué », ajoute un agriculteur rencontré à Luhihi.

Quand les M23, tuent à Kabare

En plus des victimes qui tombent sous les coups de balle dans les zones occupées par les rebelles du M23, d’autres victimes de faim se comptent par million car le Nord-Kivu est un grand grenier de l’Est de la RDC. Les effets de cette guerre se ressentent à Kabare aussi à plus de 100 km de Goma.

Les guerres qui ont endeuillés le Sud-Kivu en général et le territoire de Kabare en particulier ont exercé une pression démographique sur les grands centres commerciaux de Mudaka, Miti, Kavumu, Katana et Kabamba. Dans ces circonstances, les produits agricoles sont une nécessité. Pour cela, la province du Nord Kivu joue un rôle important car le gros de haricot consommés à Kabare Nord vient de Goma.

« Le haricot que nous consommons vient de Goma. La guerre du M23, fait que le haricot soit indisponible sur le marché et par conséquent le prix a grimpé », regrette un acteur de la société civile du coin.

Les haricots frais payent mieux

En plus de la guerre, les agriculteurs de Kabare Nord, préfère vendre leurs haricots quand ils sont encore frais. « Les haricots frais sont plus chers que ceux secs. Les agriculteurs préfèrent vendre le Mushaku [haricot frais, ndlr]. Cette catégorie rapporte plus. Et ne vous demande pas beaucoup de travail », fait savoir Prosper, responsable  de l’agence agricole « Ekagri » à Katana.

Des agriculteurs oubliés

Pour pallier ces difficultés, auxquelles font face les habitants de Kabare, bien des acteurs du développement sollicitent l’implication des autorités pour l’encadrement des agriculteurs.

« Les agriculteurs d’ici chez ne sont pas encadrés. Ils ne reçoivent aucune subvention de l’Etat ou des ONGs. Ils utilisent les mêmes techniques agricoles depuis des décennies. Ce qui fait qu’ils produisent peu et difficilement. Notre coopérative essaie d’accompagner nos membres mais par manque de moyen, nos interventions sont insignifiantes », regrette Gaspard Bizimana gérant de la Coopérative de Développement de Kabare, COODERKA, une coopérative ayant son siège au centre de Luhihi.

Les services ayant l’agriculture dans leurs attributions devraient prendre cette situation à bras le corps pour éviter le pire.